Hassi Inifel 1887 : un rezzou lourd de conséquences

Des Touareg faits prisonniers à Hassi Inifel, dont Kenan Ag Tissi, neveu et héritier du chef des Taitoq
Durant l’été 1887, après avoir parcouru plus de 700 kilomètres en 10 jours, un groupe de Touareg Taitoq et Kel Ahnet va razzier des chameaux des Chaamba Mouadhi au nord-est d’El Golea. Mais les Chaamba interceptent le rezzou sur le chemin du retour au puits d’Hassi Inifel. Plusieurs Touareg sont tués et sept d’entre eux faits prisonniers. Ces derniers seront remis aux autorités françaises. Après un court séjour à Gardhaia, ils seront amenés à Alger et internés au Fort de Bab Azzoum où… ils recevront la visite de Guy de Maupassant !
Les autorités françaises hésiteront sur la politique à suivre envers ces encombrants prisonniers. Les réponses apportées dévoilent les divergences de vue existant alors quant à la politique à mener par rapport aux Touareg et à l’expansion française dans le Sahara.
À Alger, les prisonniers seront interrogés par le Capitaine Henri Bissuel. De ces entretiens est issu le livre « Les Touareg de l’Ouest » ainsi que la première carte de l’Ahnet, une reproduction d’un dessin tracé par les Touareg eux-mêmes sur le sable de la cour de leur prison.
De son côté Emile Masqueray, un anthropologue arabophone, fréquentera lui aussi assidûment les prisonniers Touareg. Il mènera grâce à eux d’importants travaux linguistiques sur la langue tamahaq. Ses Observations grammaticales sur la grammaire touareg et Textes de la tamahaq des Taïtoq, publiées en 1896, en sont le témoignage.
Deux des prisonniers, Kenan ag Tissi et Chikkadh ag R’ali, accompagneront Masqueray lors d’un voyage à Paris pour l’exposition universelle de 1889. À cette occasion, ils rencontreront le géographe Henry Duveyrier qui interviendra en vue d’obtenir leur libération. Mais cette mise en liberté alors envisagée sera reportée sine die quand, en 1890, l’explorateur Paul Crampel s’adjoindra Chikkadh ag R’ali pour son expédition censée remonter jusqu’à In Salah par la région de l’Ahnet.
Paul Pandolfi, spécialiste du Sahara, est docteur et professeur en ethnologie à l’Université de Montpellier. Il nous fait l’honneur d’évoquer cet épisode méconnu de l’histoire saharienne. Un plaisir qu’il saura rendre vivant car il a résidé 9 ans en Algérie comme professeur coopérant, dont 3 ans à Tamanrasset, de 1985 à 1988, avant d’effectuer de nombreux séjours au Sahara.
